15.09.2026
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Nous n'avons malheureusement pas le choix, pour maintenir l'habitabilité de la planète pour les futures générations, il va falloir revoir notre mode de vie, ce qui peut être synonyme de privations (les avions, la voiture à essence, la viande, les gadgets électroniques, le chauffage au pétrole...). Mais il faut aussi être conscient que la société du futur peut apporter beaucoup de joie et de sens à sa vie. Un monde plus humain, moins stressant, plus agréable à vivre au quotidien, sans burn-out, sans course pour produire toujours plus, toujours plus vite. Pour faire court: vivre mieux avec moins.
Mardi 4 avril 2105, 7h30
Alice sort dans la rue.
Comme tous les matins, le marché bat son plein. Les étals occupent une généreuse partie de la chaussée, tandis que le reste est laissé libre aux vélos et aux trams. Entre les voix des marchands, le tintement des vélos et le chant des oiseaux, la rue est étonnamment calme. Depuis que les voitures n'y circulent presque plus, le silence a peu à peu repris sa place.
L'air aussi semble plus léger.
Illustré par Greg
Les voitures n'ont pourtant jamais été interdites. Elles ont simplement cessé de paraître utiles. Alice les trouve encombrantes et coûteuses. Pour ses trajets quotidiens, elle se déplace à vélo. Pour aller plus loin, elle prend le train. Et lorsqu'elle doit rendre visite à sa tante Manon, qui habite dans une région mal desservie par le rail, elle réserve une petite voiture électrique en libre-service à la gare routière.
Nous sommes en avril, mais il fait déjà 27 °C ce matin.
Après plusieurs décennies d'efforts, le climat est entré dans une phase de stabilisation. Cependant, les températures sont encore bien plus hautes qu'autrefois, à un niveau que pépé Noah trouve complètement fou. Il se souvient encore des étés frais de sa jeunesse dans les années 2020.
Il faudra sans doute attendre plusieurs siècles avant que le climat retrouve les températures qui précédaient l'ère industrielle.
En attendant, la ville s'est adaptée.
Les rues sont désormais couvertes par la canopée de gigantesques arbres, dont les branches dépassent parfois les toits. À midi, leur ombre transforme les rues en corridors de fraîcheur. Et lorsque le soleil disparaît, la végétation permet à la ville de perdre plus facilement la chaleur accumulée pendant la journée, limitant ainsi les îlots de chaleur.
Illustré par Greg
Il a tout de même fallu installer des systèmes de climatisation dans certains lieux sensibles, notamment les hôpitaux et les maisons de retraite. Ils sont alimentés en grande partie par l'électricité solaire, produite précisément lorsque les journées sont les plus lumineuses et les besoins de refroidissement les plus importants.
Alice ne travaille que trois jours par semaine.
Le lundi et le mardi, elle travaille dans une ferme maraîchère aux portes de la ville. Le mercredi, elle tient l'accueil d'un atelier de réparation. Puis, dès le jeudi matin, son temps lui appartient.
Parfois, elle garde les enfants des voisins. D'autres fois, elle donne des cours de peinture — Alice adore peindre. Elle aime aussi partir se promener avec Julien et Roxane, ou simplement s'allonger dans son hamac et ne rien faire du tout.
Elle ne gagne pas beaucoup d'argent, mais elle n'en a pas besoin de plus. Son salaire suffit à payer son logement, sa nourriture, ses impôts ainsi que quelques billets de train.
À l'école, elle avait appris qu'autrefois, les gens travaillaient beaucoup plus. Pas seulement parce qu'ils avaient besoin d'argent pour vivre, mais aussi parce qu'ils avaient besoin d'argent pour acheter toutes sortes de choses.
Énormément de choses.
Louis lui avait raconté un jour que certaines personnes possédaient même des robots pour laver leurs vitres, ou des montres avec des écrans. D'autres accumulaient tellement d'objets qu'elles devaient louer un camion simplement pour pouvoir les transporter lorsqu'elles déménageaient.
Alice avait trouvé cette histoire tellement extravagante qu'elle avait d'abord cru que Louis plaisantait.
Illustré par Greg
Mais les gens de cette époque ne se rendaient pas vraiment compte des conséquences de leur mode de vie. Ou peut-être préféraient-ils les attribuer à d'autres: les Chinois, les Américains, les riches...
Après tout, il y a toujours quelqu'un qui pollue davantage que soi.
C'est une manière assez pratique de ne jamais avoir à se remettre en question.
Alice se souvient encore du cours d'histoire où son professeur leur avait parlé des XXe et XXIe siècles. Il n'avait pas été tendre avec ces gens du passé.
Après une matinée à désherber, tailler et planter, Alice se réjouit de manger. Elle se rend avec ses collègues à la cantine de la rue d’en face.
Aujourd'hui, elle jette son dévolu sur le menu numéro 2:
En 2105, la viande est devenue un aliment réservé aux grandes occasions.
Alice se souvient que sa grand-mère Jessica lui racontait qu'autrefois, certaines personnes en mangeaient parfois deux fois par jour.
Deux fois par jour!
Mais comment faisaient-ils pour avoir autant d'animaux? Il fallait bien des poules, des vaches et des cochons pour produire toute cette viande. Ils devaient avoir de sacrées fermes… Ou alors, ils devaient être très riches et disposer de beaucoup de place chez eux.
Alice imagine alors les citadins de l'époque rentrant chez eux avec une demi-douzaine de cages à poules pour tenir toute la semaine.
Illustré par Greg
Alice mange encore de la viande, mais uniquement lors des grandes occasions. L'année dernière, par exemple, elle en avait pris à la Fête du printemps, organisée dans la rue avec tous les voisins.
Le fait de consommer beaucoup moins de produits animaux a libéré une quantité considérable de terres agricoles autrefois consacrées à l'alimentation du bétail. Une partie a permis de produire davantage de nourriture directement destinée aux humains. Une autre a été rendue à la nature: des forêts ont repoussé, des haies ont été replantées et d'anciens champs sont redevenus des zones humides.
Peu à peu, la biodiversité est revenue.
Et avec elle, des écosystèmes plus résilients, capables notamment de mieux réguler les ravageurs qui s'attaquent aux cultures.
À la fin de sa journée de travail, Alice enfourche son vélo et prend la direction de l'entrée de l'autoroute cyclable la plus proche.
Ces voies rapides ont été construites il y a une cinquantaine d'années, sur le modèle des anciennes autoroutes automobiles. À une différence près : elles sont réservées aux vélos.
Elles occupent beaucoup moins d'espace, ne croisent presque jamais les autres flux de circulation et permettent de parcourir de longues distances sans s'arrêter à chaque intersection. Certaines sont même couvertes de panneaux solaires, qui protègent les cyclistes de la pluie tout en produisant de l'électricité.
Illustré par Greg
Alice n'a qu'une quinzaine de minutes de trajet pour rentrer chez elle. C'est plus rapide qu'en voiture ou en transports en commun.
Et pendant ces quinze minutes, elle se vide la tête, fait un peu de sport et profite du grand air.
Le tout sans avoir à dépenser un centime.
Ce soir, Alice dîne avec ses amis dans le jardin de la cour de son immeuble. Quelques voisins se joindront à eux.
Alice adore ces soirées qui commencent autour d'un repas et finissent invariablement par des discussions interminables, quelques parties de cartes et des projets refaits pour le monde entier.
Illustré par Greg
Michel, le voisin de l'immeuble d'en face, lui a annoncé qu'il comptait lancer un service d'entretien et de réparation d'appareils électroménagers. Il lui a demandé si elle accepterait de l'aider samedi à peindre le logo de son commerce sur la vitrine.
Alice a évidemment accepté. Je vous l'ai déjà dit? Alice adore peindre.
Elle espère simplement que ses amis seront disponibles pour lui donner un coup de main eux aussi.
Dans le quartier, c'est comme ça.
On s'entraide.
Un monde plus écolo n'est pas forcément un retour à l'âge de pierre. Certes, c'est un monde où on consomme beaucoup moins qu'aujourd'hui. Mais c'est assurément un monde qui est moins frénétique et stressant que le monde actuel. Posez-vous la question: est-ce qu'on serait vraiment moins heureux dans un tel futur? Et vous, qu'est-ce que vous préféreriez? Une dystopie technologique qui va toujours plus vite et génère stress, perte de sens et burn-out? Ou plutôt cette utopie plus posée, moins stressante et vivant en harmonie avec la nature?
En lisant mon récit, vous vous êtes peut-être dit:
Ah, ça c'est impossible à mettre en pratique! Ça ne peut pas fonctionner comme ça.
En réalité, le but de cette petite histoire naïve n'est pas d'être une prédiction réaliste de ce que sera le futur, mais il met en avant un monde différent des dystopies futuristes habituelles: c'est-à-dire un monde qui respecte la nature et ses limites, tout en offrant un confort de vie à ses habitants.
Un monde dans lequel on ne travaille pas jusqu'au burn-out pour acheter des choses dont on n'a pas besoin.
Un monde un peu plus lent, moins stressant, et où le travail a un sens et un impact positif direct sur la société.
Un monde où l'individualisme cède sa place pour créer une vraie société.
Est-ce réaliste? Peut-être pas...
Mais est-ce que ça vaut la peine d'essayer de faire de ce monde une réalité? ...À mon avis, oui. Et vous, qu'en pensez-vous?
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