14.08.2026
10
0
0
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
Pour une fois, vous ne trouverez pas ici de graphique et d’explications scientifiques. Plutôt que de donner des chiffres et des faits, j’aimerai vous faire rêver un peu en vous envoyant dans un futur qui donne envie. Un futur qui est à la fois respectueux de la planète et qui est aussi désirable pour nous les humains.
En effet, une vision utopique de notre avenir manque cruellement dans le paysage culturel.
Nous sommes très forts pour produire des films, des livres et des jeux-vidéos qui présentent un avenir sombre, rempli de robots qui se révoltent, de villes écrasées sous le poids du béton et de la chaleur où les pauvres s’entassent dans des bidonvilles pendant qu’une minorité arrive encore à se partager tant bien que mal les dernières ressources.
Urbanisation dystopique - Le Caire, Egypte
Il est tout à fait intéressant de présenter ces dystopies afin de savoir ce qu’on veut pas pour l’avenir, mais il faut aussi pouvoir s’imaginer ce vers quoi notre société pourrait aller.
Quand on perd la maîtrise de son véhicule et qu’on veut à tout prix éviter l’arbre qu’il y a en face de nous, il faut arrêter de regarder l’arbre sinon on va clairement pas pouvoir l’éviter...
Rendons-nous donc dans le futur, dans un monde qui pour une fois va dans la bonne direction.
Mardi 4 avril 2105, dans une petite ville européenne, 7h30
Alice sort dans la rue.
Comme tous les matins, le marché bat son plein. Les étals occupent une généreuse partie de la chaussée, tandis que le reste est laissé libre aux vélos et aux trams. Entre les voix des marchands, le tintement des vélos et le chant des oiseaux, la rue est étonnamment calme. Depuis que les voitures n'y circulent presque plus, le silence a peu à peu repris sa place.
L'air aussi semble plus léger.
Les voitures n'ont pourtant jamais été interdites. Elles ont simplement cessé de paraître utiles. Alice les trouve encombrantes et coûteuses. Pour ses trajets quotidiens, elle se déplace à vélo. Pour aller plus loin, elle prend le train. Et lorsqu'elle doit rendre visite à sa tante Manon, qui habite dans une région mal desservie par le rail, elle réserve une petite voiture électrique en libre-service à la gare routière.
[Image : une rue bordée d'arbres immenses, sans aucune voiture. Un tram passe au loin. Au premier plan, les étals d'un marché, des vélos et des passants.]
Nous sommes en avril, mais il fait déjà 27 °C ce matin.
Le climat a fini par se stabiliser, après plusieurs décennies d'efforts. Mais il s'est stabilisé bien plus haut qu'autrefois, à un niveau que la grand-mère de Alice aurait trouvé inimaginable au printemps. Elle se souvient encore des étés frais du début des années 2000.
Il faudra probablement attendre plusieurs siècles avant que le climat retrouve, peut-être, les températures qui précédaient l'ère industrielle.
En attendant, la ville s'est adaptée.
Les rues sont désormais couvertes par la canopée de gigantesques arbres, dont les branches dépassent parfois les toits. À midi, leur ombre transforme les rues en corridors de fraîcheur. Et lorsque le soleil disparaît, la végétation permet à la ville de perdre plus facilement la chaleur accumulée pendant la journée, limitant ainsi les îlots de chaleur.
Il a tout de même fallu installer des systèmes de climatisation dans certains lieux sensibles, notamment les hôpitaux et les maisons de retraite. Ils sont alimentés en grande partie par l'électricité solaire, produite précisément lorsque les journées sont les plus lumineuses et les besoins de refroidissement les plus importants.
Alice ne travaille que trois jours par semaine.
Le lundi et le mardi, elle travaille dans une ferme maraîchère aux portes de la ville. Le mercredi, elle tient l'accueil d'un atelier de réparation. Puis, dès le jeudi matin, son temps lui appartient.
Parfois, elle garde les enfants des voisins. D'autres fois, elle donne des cours de peinture — Alice adore peindre. elle aime aussi partir se promener avec Julien et Roxane, ou simplement s'allonger dans son hamac et ne rien faire du tout.
Elle ne gagne pas beaucoup d'argent, mais elle n'en a pas besoin de davantage. Son salaire suffit à payer son logement, sa nourriture, ses impôts et quelques billets de train. Le reste du temps, elle préfère le garder pour elle.
À l'école, elle avait appris qu'autrefois, les gens travaillaient beaucoup plus. Pas seulement parce qu'ils avaient besoin d'argent pour vivre, mais aussi parce qu'ils avaient besoin d'argent pour acheter toutes sortes de choses.
Énormément de choses.
Louis lui avait raconté un jour que certaines personnes possédaient même des robots pour laver leurs vitres, ou des montres capables d'afficher des images sur leur poignet. D'autres accumulaient tellement d'objets qu'elles devaient louer des camions simplement pour pouvoir les transporter lorsqu'elles déménageaient.
[Image : deux personnes devant un camion de déménagement. L'une tend un carton à l'autre en lançant : « Attention, celui-là est fragile ! C'est le robot lave-vitres. Mettez-le tout en haut. »]
Le plus étrange, c'est que certains étaient même partis vivre à l'autre bout du monde pour payer moins d'impôts, afin de pouvoir conserver davantage d'argent et acheter encore plus de choses.
Alice avait trouvé cette histoire tellement extravagante qu'elle avait d'abord cru que Louis plaisantait.
Mais les gens de cette époque ne se rendaient pas vraiment compte des conséquences de leur mode de vie. Ou peut-être préféraient-ils les attribuer à quelqu'un d'autre.
Après tout, il y a toujours quelqu'un qui pollue davantage que soi.
C'est une manière assez pratique de ne jamais avoir à se remettre en question.
Alice se souvient encore du cours d'histoire où son professeur leur avait parlé des XXe et XXIe siècles. Il n'avait pas été tendre avec eux.
Après une matinée à désherber, tailler et planter, Alice meurt de faim. Elle se rend avec ses collègues à la cantine de la rue d’en face.
Aujourd’hui, elle jette son dévolu sur le menu 2:
En 2105, la viande est devenue un aliment réservé aux grandes occasions.
Alice se souvient que sa grand-mère Jessica lui racontait qu'autrefois, certaines personnes en mangeaient parfois deux fois par jour.
Deux fois par jour!
Mais comment faisaient-ils pour avoir autant d'animaux ? Il fallait bien des poules, des vaches et des cochons pour produire toute cette viande. Ils devaient avoir de sacrées fermes… Ou alors, ils devaient être très riches et disposer de beaucoup de place chez eux.
Alice imagine alors les citadins de l'époque rentrant chez eux avec une douzaine de cages à poules pour tenir toute la semaine.
Dessin : une cuisine minuscule entièrement remplie de cages à poules. Une personne tente de préparer son repas entre deux cages.
Elle mange encore de la viande, bien sûr. Mais uniquement lors des grandes occasions. L'année dernière, par exemple, il y en avait eu à la Fête du printemps, organisée dans la rue avec tous les voisins.
Le fait de consommer beaucoup moins de produits animaux a libéré une quantité considérable de terres agricoles autrefois consacrées à l'alimentation du bétail. Une partie a permis de produire davantage de nourriture directement destinée aux humains. Une autre a été rendue à la nature : des forêts ont repoussé, des haies ont été replantées et d'anciens champs sont redevenus des zones humides.
Peu à peu, la biodiversité est revenue.
Et avec elle, des écosystèmes plus résilients, capables notamment de mieux réguler les ravageurs qui s'attaquent aux cultures.
À la fin de sa journée de travail, Alice enfourche son vélo et prend la direction de l'entrée de l'autoroute cyclable la plus proche.
Ces voies rapides ont été construites il y a une cinquantaine d'années, sur le modèle des anciennes autoroutes automobiles. À une différence près : elles sont réservées aux vélos.
Elles occupent beaucoup moins d'espace, ne croisent presque jamais les autres flux de circulation et permettent de parcourir de longues distances sans s'arrêter à chaque intersection. Certaines sont même couvertes de panneaux solaires, qui protègent les cyclistes de la pluie tout en produisant de l'électricité.
Alice n'a qu'une quinzaine de minutes de trajet pour rentrer chez elle.
C'est plus rapide qu'en voiture ou en transports en commun.
Et pendant ces quinze minutes, elle se vide la tête, fait un peu de sport et profite du grand air.
Le tout gratuitement.
Ce soir, Alice dîne avec ses amis dans le jardin de la cour de son immeuble. Quelques voisins se joindront à eux.
Alice adore ces soirées qui commencent autour d'un repas et finissent invariablement par des discussions interminables, quelques parties de cartes et des projets refaits pour le monde entier.
Michel, le voisin de l'immeuble d'en face, lui a annoncé qu'il comptait lancer un service d'entretien et de réparation d'appareils électroménagers. Il lui a demandé si elle accepterait de l'aider samedi à peindre le logo de son commerce sur la vitrine.
Alice a évidemment accepté.
Elle espère simplement que ses amis seront disponibles pour lui donner un coup de main eux aussi.
Dans le quartier, c'est comme ça.
On s'entraide.
Aucun commentaire pour le moment.