12 sept. 2025
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C'est vrai que la Terre est passée par tous les climats. Ce qui est problématique dans le cas du réchauffement climatique actuel, c'est la vitesse du changement et l'ampleur de l'impact humain. Le climat se réchauffe à un rythme environ 50x plus rapide (et encore en accélération) que lors de la dernière glaciation (qui a pourtant vu l'extinction de nombreuses espèces et des bouleversements écologiques importants). Un tel coup de pied dans la fourmilière est inhabituel pour tout ce qui vit actuellement sur cette planète.
C'est vrai, la Terre en a vu de toutes les couleurs durant sa vie de plus de 4.5 millards d'années. Voyons quelques exemples extrêmes!
La planète a vécu plusieurs périodes de froid extrême, les plus fortes étaient sans doute les glaciations huroniennes (il y a 2.2 à 2.5 milliards d'années) et les glaciations du cryogénien (il y a 720 à 635 millions d'années).
Dans les deux cas, la vie était déjà présente sur Terre mais dans une forme très primitive, bien avant l'apparition des dinosaures par exemple, qui virent le jour qu'environ 380 millions d'années après le cryogénien.
Cliquez sur le bouton coloré ci-dessous pour partir en voyage dans le passé et observez à quoi ressemblait la Terre pendant les glaciations huroniennes.[15]
Temperature moyenne: 15°C
Plusieurs équipes de scientifique s'affrontent encore pour trancher si la planète était complètement recouverte de glace ou s'il subsistait une bande d'océan et de terre non gelée au niveau de l'équateur. Une chose est certaine, le climat n'avait rien à voir avec celui d'aujourd'hui, et l'on pouvait trouver des glaciers jusqu'aux latitudes tropicales.
Les tropiques
Il y a 2.5 milliards d'années
L'atmosphère encore assez pauvre en oxygène n'avait pas sa jolie couleur bleue.
La Terre a connu la période la plus chaude à sa naissance: quand les collisions avec les débris rocheux qui encombraient encore son orbite n'avaient pas encore été "nettoyés". La température dépassait alors les 2000°C et la surface de la planète était fondue en permanence. Mais parlons d'un cas un peu moins extrême, et plus récent.
La fin du crétacé (-92 millions d'années) a vu des températures moyennes bien plus élevées que ce dont on a l'habitude maintenant. La température moyenne du globe était estimée aux alentours de 30°C[2] (pour référence, la température moyenne actuelle est de 15°C). Par exemple, on pouvait trouver des champsosaures (reptiles ressemblant à nos crocodiles d'aujourd'hui) aussi haut que dans le grand-nord canadien, entourés de palmiers et d'autres végétaux tropicaux. Avec de telles températures, il n'y avait pas de calotte de glace sur les pôles...[1]
Grand-nord canadien
Il y a 92 millions d'années
Grand-nord canadien pendant l'optimium climatique du crétacé.
Parlons maintenant du tout dernier changement climatique (avant l'actuel). Plantons le décors: le Canada et le nord de l'Europe sont recouverts d'une épaisse couche de glace. La Suisse, bien que située plus au sud, est écrasée par une couche de glace de plus d'un kilomètre de haut. Pour le cas de la France et la Belgique, le climat était proche de la Sibérie actuelle, c'est-à-dire des étendues de steppes et de toundra. Certains glaciers alpins s'étendaient jusque dans la région lyonnaise.[14]
Lyon
Il y a 19'000 ans
Lyon
Aujourd'hui
Les glaciers alpins s'étandaient jusqu'aux portes de l'emplacement actuel de la ville de Lyon (encore inhabitée).
Précisons que le climat froid qui est décrit ici n'a rien à voir avec les glaciations extrêmes qui ont été décrites au début de cet article. Ces glaciations récentes étaient bien moins extrêmes.
Ce climat glaciaire est resté stable jusqu'il y a environ 19'000 ans, où un réchauffement a doucement commencé à se mettre en place. Ce réchauffement a duré 10'000 ans pour aboutir au climat que la civilisation humaine a connu pour l'essentiel de son temps.
Données paléoclimatiques obtenues à partir de 4 études scientifiques différentes [5][6][7][8]
Bien que très lent (par rapport au changement climatique actuel), ce changement climatique ne fût pas sans conséquence pour l'environnement. On considère par exemple qu'en Amérique du Nord, 70% des espèces de mammifères de plus de 44kg ont disparu en quelques millénaires (mammouths laineux, tigres à dents de sabre, paresseux géants, toute la clique du film l'Âge de Glace quoi...).
La cause de ces disparitions fût à la fois le réchauffement climatique de l'époque[3], mais également déjà de l'effet de la surchasse par les humains.[4]
En voyant tous ces exemples de climats extrêmes, et le nombre de changement climatique déjà passés, pourquoi est-ce que le changement climatique amorcé par l'être humain ce dernier siècle est si problèmatique?
Rajoutons au graphique précédent les données pour la période actuelles. Les mesures directes historiques (thermomètres) sont présentées en vert. Ajoutons également les projections pour le climat futur jusqu'en 2300.[9] En orange, la trajectoire prévue si l'humanité met en place d'importantes mesures pour limiter ses émissions.[10] En rouge, si l'humanité continue selon le rythme actuel.[11]
Ces données montrent de manière claire la différence de vitesse entre le dernier réchauffement (sortie de la dernière glaciation: +0.06°C/siècle)[12] et le réchauffement actuel (+2.5°C/siècle).[13]
Le climat actuel est en train de se réchauffer à un rythme env. 50x plus rapide que les dernières variations "naturelles" du climat (et continue d'accélérer).
Comme on l'a vu précédemment, la Terre a vécu beaucoup de variation de son climat et pourtant malgré des extinctions massives d'espèces, la vie a toujours survécu, faisant la place à de nouvelles espèces plus adaptées. Il est donc complétement irréaliste de supposer que le changement climatique actuel va entrainer la mort de tout ce qui vit sur Terre.
Par contre, un changement aussi brutal va quand même créer d'importantes perturbations pour le vivant, et en particulier pour l'être humain. Car même si l'être humain a une technologie bien plus avancée que celle des mamouths, le fonctionnement de sa société mondialisée toujours à plein régime et en flux tendu le rend particulièrement sensible aux perturbations climatiques.
Pour ne prendre qu'un seul exemple: une sécheresse importante dans une région du monde peut créer un effondrement de la production agricole, générant un coup d'état local et des déplacements de population, augmentant les tensions avec les régions voisines, pouvant aller jusqu'au déclenchement d'une guerre. Cette instabilité régionale affecterait les prix de l'énergie et des biens au niveau mondial, pouvant entrainer d'autres problèmes ailleurs (instabilité politique, appauvrissement de la population, etc.).
En bref, il n'est pas souhaitable pour l'humanité d'ajouter à ses problèmes actuels des perturbations liées à un climat hors de contrôle.
Oui, le climat a toujours évolué. Il a fait parfois très froid, et parfois très chaud. Mais les changements climatiques étaient (en tout cas pour les plus récents) graduels, laissant du temps à l'évolution pour sélectionner les espèces les plus adaptées et éviter des extinctions trop massives (même si des extinctions de masse ont quand même eu lieu dans le passé).
Le changement climatique actuel, même s'il peut paraitre lent à l'échelle de la vie d'un être humain, celui-ci est très rapide par rapport aux derniers changements climatiques. Mettez-vous à la place d'un arbre qui vient de naître et qui doit vivre 1000 ans. A quoi va ressembler le climat en l'an 3000? La nature n'aura que très peu de temps pour s'adapter.
C'est pour cela qu'il est urgent de réduire fortement nos emissions et notre impact sur l'environnement afin de garantir un climat stable pour les générations futures.
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